mardi 3 février 2009

Andry TGV en perte de vitesse

L’appel à la fermeture des ministères, lancé par Andry Rajoelina autoproclamé dirigeant de Madagascar samedi, n’a visiblement pas été entendu. Les fonctionnaires ont travaillé. Les manifestants sur la place du 13-Mai sont de moins en moins nombreux et les condamnations par la communauté internationale (dont la France) de son autoproclamation affluent. Le TGV perd de la vitesse.

Le drapeau rouge, vert et blanc flottait dans la cour commune de trois ministères : celui de l’aménagement du territoire, celui du transport et celui de la décentralisation. Au pied du mât, les trois ministres entourés des fonctionnaires entonnaient l’hymne national “Ry Tanindrazanay malala” comme tous les lundis, depuis 2002. Aussi, malgré l’appel à la grève lancé par Rajoelina samedi dernier, la journée d’hier était un début de semaine comme les autres, pour les quelque 200 employés de ces trois ministères.

CHEMIN DE L’ECOLE

À la question de savoir si “tout le monde est venu travailler”, le responsable de la communication de la décentralisation répond : “Je ne dispose pas encore des données exactes sur le nombre de personnes présentes, mais en tout cas, tous les lundis, nous avons la même quantité de gens que ce matin”. Même constat à Anosy, Tsimbazaza et Antaninarenina où se situent les ministères et autres centres administratifs de la capitale. Comme le Général Pily Gilbain, en charge de la sécurité, l’a annoncé la veille, on notera la présence de militaires aussi bien dans les rues de Tana qu’à l’intérieur même des bâtiments. Ainsi, Andry TGV semble avoir échoué dans sa tentative de paralyser les ministères pour démontrer la légitimité de la lutte qu’il mène. Les fonctionnaires n’ont visiblement pas été sensibles à l’appel du jeune maire qui s’autoproclamait “aux commandes de la gestion des affaires nationales et des ministères” samedi. Les élèves ont aussi retrouvé le chemin de l’école comme l’a demandé la ministre de l’Éducation nationale, dimanche. Bref, Antananarivo a retrouvé son rythme habituel. Sur la place du 13-Mai, devant les manifestants, de moins en moins nombreux, par rapport aux derniers rassemblements de la semaine dernière, le maire, noyé au milieu d’une dizaine de gardes du corps, a annoncé les démarches qu’il comptait suivre : “Dès cet après-midi, je vais déposer à la Haute Cour constitutionnelle (HCC), devant l’Assemblée nationale et le Sénat, la demande officielle pour la déchéance du Président”. Une procédure vouée à l’échec sachant que le parti présidentiel Tiako i Madagasikara est largement majoritaire dans les deux chambres parlementaires. Ses partisans sont impatients et souhaitent voir le maire installé au palais présidentiel : “Iavoloha, Iavoloha, Iavoloha” ou encore “Iza dia izao” (“Tout de suite !”), ont crié les manifestants comme un seul homme.

MISES EN GARDE EN SERIE

Un peu gêné de ne pas pouvoir satisfaire à cette demande, Andry Rajoelina a trouvé la parade : “Je sais que vous êtes pressés mais il va falloir suivre la voie légale”. Mais le TGV continue à foncer tout droit vers l’insurrectionnel : “Les consultations ont commencé dans le cadre de la formation du gouvernement de transition”. Par ailleurs, Andry TGV a “mis en garde”, un certain nombre de personnes et d’organismes. A commencer par le Gouverneur de la Banque centrale : “Ne soyez pas complice de ce régime. Tous seront jugés par les actes qu’ils auront commis”. Le même message s’adresse aux bailleurs de fonds, ainsi qu’au Conseil des églises et aux Parlementaires. Il a réitéré par ailleurs, qu’il va se rendre dans les régions en dehors de la capitale dans quelques jours. En attendant, il indique que les manifestations sur la place du 13-Mai sont maintenues “jusqu’à ce que Andry Rajoelina soit installé à Iavoloha”, a continué l’animateur Sareraka. On notera enfin que les revendications du jeune maire changent au fil des jours. Il a commencé le 13 janvier avec “la demande de réouverture de sa station de télé” ; quelques jours après, à Ambohijatovo baptisée “Place de la Démocratie” il exige “la démission des ministres des Finances et celui de l’Aménagement du territoire dans le cadre de l’affaire des terrains en tractation avec les Coréens de Daewoo” ; plus tard il demande “la diffusion par la TVM de la manifestation géante qu’il a organisée” ; puis un autre jour “le départ du gouvernement”. Le lundi noir du 26 janvier, il a emmené les manifestants à Anosy devant le tribunal pour “libérer trois universitaires en prison”, avec les débordements qui vont suivre. Samedi, il “demande le départ immédiat du gouvernement et du Président” tout en s’autoproclamant “en charge de la gestion des ministères jusqu’à la mise en place du gouvernement de transition”. Hier, c’était “la destitution du Président par la HCC et les parlementaires”. Et aujourd’hui, nouveau rendez-vous sur la place du 13-Mai. Pour une nouvelle demande ?

De notre envoyé spécial à Antananarivo, Pana Reeve

Solidarité avec Madagascar Solidarité Laïque lance un appel d’urgence pour les sinistrés victimes du cyclone tropical Fanele qui vient de toucher le sud-ouest de Madagascar. Des centaines de sinistrés, de sans-abri... C’est le district de Morondova qui a payé le plus lourd tribut. Le secteur serait détruit à plus de 80%, de nombreuses habitations, des infrastructures administratives sont touchées. Plusieurs milliers de personnes sont isolées à cause des inondations. En lien avec les partenaires Solidarité Laïque va débloquer une aide d’urgence et lance cet appel au don. Vous pouvez envoyer vos dons par chèque ou en ligne sur www.solidarite-laique.asso.fr ou Solidarité Laïque – urgence Madagascar 22, rue Corvisart – 73013 Paris.

Condamnation de la France et de l’Union Africaine

Après l’Union africaine (UA) qui avait “condamné toute prise de pouvoir en dehors de la Constitution”, par la voix du président de sa commission Jean Ping samedi et après la proclamation de Andry TGV qui se dit en charge des affaires nationales, au tour de la France de demander hier que “la légalité et l’ordre constitutionnel soient respectés dans le Grande Île”. Suite à l’annonce lundi du dépôt d’une demande de destitution du président par le maire d’Antananarivo, “La France considère qu’il est impératif de respecter la légalité et l’ordre constitutionnel. Toute solution pacifique à la crise passe par un dialogue politique entre les parties”, a affirmé le porte-parole adjoint du ministère des Affaires étrangères, Frédéric Desagneaux. Paris a fait savoir sa disponibilité “pour favoriser la recherche d’une solution pacifique et durable à la crise si les Malgaches le jugeaient utile”. Dans un communiqué, le secrétaire général de la Francophonie, Abdou Diouf, a aussi appelé “au dialogue” et condamné “fermement toute action visant à déstabiliser le pays et susceptible de porter atteinte à l’État de droit et à remettre en cause l’ordre constitutionnel”.

www.clicanoo.com | Publié le 3 février 2009

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