mardi 26 mai 2009

Madagascar : Comment on en est arrivé là !

Tout devait sourire à Marc Ravalomanana.

Autodidacte, il transforme une petite entreprise familiale en un groupe industriel de dimension nationale : Tiko. C'est donc un homme fortuné qui se lance en politique en 1999 à la conquête de la capitale Tananarive et cela rassure. Devenu maire, il incarne une relève et l'espoir face à un président Ratsiraka vieillissant à la tête du pays presque sans interruption depuis 1976. Avec lui, Tana change d'image, se développe et se dote de nouvelles infrastructures. Aux élections présidentielles de 2001, il s'oppose avec courage à Ratsiraka qui brigue un 5ième mandat et c'est à l'issue d'un mouvement populaire, d'une longue crise politique et d'une médiation internationale, qu'il accède à la magistrature suprême en 2002. Le premier mandat est marqué par l'ouverture aux investisseurs étrangers, une croissance économique, des travaux routiers, des infrastructures, et de nombreux déplacements qui font connaître Madagascar au monde. C'est cette image que va retenir la communauté internationale.

Mais déjà Ra8 comme l'appellent les malgaches, exerce une emprise sur l'économie. Son second mandat le coupe de la population « d'en bas . On lui reproche de se réserver ou à ses proches des monopoles dans le domaine des produits de première nécessité notamment l'huile et le riz, mais aussi la girofle, le poivre, les papeteries et le bois de rose, cette essence forestière si rare. On proteste : pourquoi les concurrents sont-ils évincés à coup de contrôles administratifs ou d'importations à bas prix, pourquoi ne voit on que deux eaux de source, qu'une marque de produits laitiers, pourquoi n'y aurait il qu'un seul circuit de distribution dans tel domaine, qu'un seul importateur dans tel autre, pour quelle raison certaines entreprises sont elles exonérées d'impôt et pas d'autres, sur quelle base se fait le choix des investisseurs étrangers ? les shoprite, rio tinto, tetrapack ? Au total se dégage l'impression d'un pays en coupe réglée, d'une relation biaisée entre la chose publique et l'intérêt privé et d'un gouvernement injuste. Une impression qui devient réalité lorsque la presse se met à tenir un registre précis des dérives, "Assidu", et surtout "madagate" ...

Si les malgaches se résignent ce n'est pas seulement qu'ils admettent, comme étant inévitable, la "gourmandise" d'une minorité, c'est surtout parce que la préoccupation d'une grande partie de la population, c'est le riz quotidien !

Trois évènements vont cependant entraîner la réaction de l'opinion.

C'est tout d'abord la victoire contre le candidat officiel, aux élections municipales de Tananarive d'un entrepreneur revenu au pays, Andry Rajoelina, animé d'une volonté farouche lorsque le gouvernement diligente des enquêtes fiscales contre l'entreprise familiale d'affichage et de mobilier urbain Domapub, afin que des concurrents puissent faire main basse sur un nouveau marché prometteur.

Pour stopper l'ascension de celui qui va devenir le principal opposant du régime, le gouvernement met Tananarive sous la tutelle financière de l'Etat, la prive d'une partie de ses dotations : une erreur politique que les tananariviens ne pardonneront jamais et qui renforce la popularité d'Andry Rajoelina le plus jeune maire du monde francophone.

Le deuxième événement est révélé par le Financial Times en 2008. C'est le projet de cession d'une parcelle considérable : 1.300.000 hectares de terres domaniales au groupe coréen Daewo. Si le projet peut se justifier au regard du développement économique, ce qui choque les malgaches, c'est le secret de la prise de décision et la transgression d'un tabou : la terre des ancêtres est considérée depuis des temps immémoriaux comme un héritage sacré et inaliénable. Il s'agit d'un des fondements de la culture de Madagascar défini par l'article 3 de la constitution "Le territoire National est inaliénable". Le gouvernement a franchi une nouvelle fois une ligne rouge.

Enfin, l'affaire inachevée du deuxième Boeing présidentiel est un véritable électrochoc. Au moment où les prix du riz augmentent, le président acquiert pour la somme de 80 millions de dollars un deuxième appareil que les malgaches appellent avec dérision « Air Force One Bis ». Alerté, le Fonds Monétaire International qui soutient l'économie de Madagascar demande officiellement en 2008 des explications sur l'origine des fonds déboursés et sur les procédures budgétaires engagées pour son acquisition. Il n'obtiendra pas de réponse. Stationné sur l'aéroport international d'Ivato, l'appareil est en attente d'un nouvel acquéreur.

En quelques années, l'équilibre de la société malgache est rompu : le contraste entre la prospérité des uns et les privations des autres est trop fort. Il laisse peu de place à l'espoir d'une vie meilleure. Le pouvoir en est jugé responsable.Très vite, au début de l'année la parole est à la rue : une nouvelle révolution « orange » éclate. Andry Rajoelina, le maire de Tana prend la tête d'un soulèvement populaire mais le mouvement déborde avec des émeutes de la faim, des pillages et des morts. Il aboutit au départ de Marc Ravalomanana le 17 mars 2009 et à l'instauration de la HAT : le gouvernement de transition.

Désormais, le temps joue pour le nouveau gouvernement. A Tana, des manifestations pacifiques et des concerts rappellent certes l'existence de l'ancien président. Celui ci, confiant en son étoile, souhaite encore revenir, mais il faut se rendre à l'évidence : une nouvelle époque a déjà commencé.

La rédaction, presse@newspress.fr

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